Attendre (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

( j'attends, nous attendons ; j'attendais, nous attendions ; j'attendis ; j'attendrai ; j'attendrais ; attends, attendons ; que j'attende ; que j'attendisse ; attendant ; attendu ). XI e siècle, atendre. Emprunté du latin attendere, « tendre (son esprit) vers, être attentif à ».
1. Demeurer dans un lieu où l'on compte qu'une personne viendra, qu'un évènement se produira, qu'un véhicule arrivera, etc. Je vous attends chez moi. Je vous attendrai jusqu'à deux heures. Viendrez-vous m' à la gare ? Nous vous attendrons au carrefour. Nous avons attendu en vain votre retour. Attendre le facteur ou, par méton., le courrier. Attendre un coup de téléphone. Il attendait patiemment d'être servi. Un inconnu est dans l'entrée, il attend que vous le receviez. Elle attendait la fin de l'averse pour sortir. Sur le quai, les voyageurs attendaient l'arrivée du train. J'irai le bateau à l'entrée du port. Attendre le métro, l'autobus. Par ext. Le dîner, le souper nous attend, est prêt. Votre voiture vous attend, est à votre disposition. Une lettre l'attend chez lui. Fig. Une terrible déception les attend. Voilà le sort qui les attend. Loc. Faire . Il a l'habitude de faire ses visiteurs, ses clients. Faire sa réponse, sa décision, la différer. Faire ses créanciers, tarder à les payer. Se faire , tarder à venir. Le courrier se fait . Le printemps se fait cette année. La riposte ne s'est pas fait . Absolt. Je n'aime guère . Faudra-t-il longtemps ? J'ai failli , mot attribué à Louis XIV. Cela peut , cela n'est pas urgent. Ce travail n'attend pas, est urgent. Ces fruits peuvent , ils ne sont pas à point. Ce plat n'attend pas, il faut le manger sans plus tarder. Expr. fig. Attendez-moi sous l'orme (vieilli), je ne serai pas où vous m'attendrez, ne croyez pas que je tiendrai parole. Vous ne perdez rien pour , vous recevrez ce que vous méritez, quelque délai que cela exige. La punition est différée, mais il ne perd rien pour . C'est là où je l'attends, C'est là que je l'attends ou, fam., Je l'attends au tournant, au virage, tout va bien pour lui à présent mais on verra ce dont il est capable quand surgiront les vraies difficultés. Prov. Vieilli. Tout vient à point qui sait , à qui sait , on obtient tout avec du temps et de la patience.
2. Compter qu'une personne viendra, qu'un évènement se produira, etc. Nous attendons des amis à la fin de la semaine. Je vous attends à dîner. Nous attendons de vos nouvelles. J'attends ma nomination. Il attendra la récompense de ses efforts. Il attend la mort avec calme. Spécialt. Sa femme attend un bébé, elle est enceinte et, par ext., Ce couple attend un enfant. Expr. Attendre quelqu'un comme le Messie, souhaiter ardemment sa venue. Par ext. Attendre quelque chose de quelqu'un, prévoir, espérer, redouter quelque chose de quelqu'un. Je n'attendais pas cela de vous. N'attendez d'un traître que des perfidies. C'est un homme dont il ne faut rien de bon. Elle attend de nous ce service. Par méton. Je n'attendais pas moins de votre amitié, de votre complaisance. Par anal. J'attends beaucoup de cette méthode de travail. J'attendais mieux de cette nouvelle machine. Fam. Je n'en attendais pas tant, je n'espérais pas tant. Attendre après une personne, après une chose, voir .
3. Différer une action, cesser d'agir jusqu'à l'arrivée de quelqu'un ou de quelque chose. Nous n'attendions que vous pour commencer. Attendre son tour pour parler. J'attendrai la belle saison pour me mettre en route. J'attends d'être mieux informé pour prendre ma décision. Avant d'ajouter foi à cette nouvelle, il faut en la confirmation. Absolt. Patienter. Attendez encore un peu et vous serez servi. Le moment n'est pas favorable, attendons encore. Attendez, il me vient une idée. Attendez une minute, un instant ou, ellipt., Attendez ! Fam., avec une nuance de menace. Attendez un peu, bande de galopins. Expr. Attendre son heure, patienter jusqu'au moment favorable pour agir. Un coup n'attendait pas l'autre, les coups se succédaient rapidement, sans interruption. Prov. La valeur n'attend pas le nombre des années, elle peut se manifester de bonne heure.
4. Pron. S' à, escompter, tenir quelque chose pour probable ou assuré. Je m'attends à son départ. Je ne m'attendais pas à réussir si facilement. Je ne m'attendais pas à vous voir ici. S' au pire. Attendez-vous à la pareille. Avec lui, on peut s' à tout. Je ne m'attendais pas à cela de lui. Litt. Je m'attends que vous viendrez nous voir. Je ne m'attendais pas que les choses dussent tourner si mal. Prov. Vieilli. Ne t'attends qu'à toi seul, n'aie confiance qu'en toi-même.
5. Loc. adv. En attendant, jusqu'à ce qu'arrive un certain évènement. Il se mit à lire en attendant. En attendant, reposez-vous. En attendant, nous nous promènerons. Fam. Pour le moment. Il a de grands projets ; mais en attendant, il est bien malade. Loc. prép. En attendant de. Jusqu'à ce que vienne le moment de. En attendant d'y voir plus clair, différons notre décision. Loc. conj. En attendant que, jusqu'à ce que. En attendant que cette nouvelle soit confirmée, contentons-nous d'espérer.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Rester en un lieu où l'on compte qu'une personne viendra, qu'une chose sera apportée, amenée. "Je vous attends ici. Je vous attendrai demain chez moi. Je vous attendrai jusqu'à telle heure. Il l'attendait au passage. Des voleurs l'ont attendu au coin d'un bois. J'irai le bateau à tel endroit. Ils attendirent l'arrivée du train. Je suis resté longtemps à . Vous m'avez bien fait . Attendre avec impatience. Attendre tranquillement. Il va peut-être arriver, attendons. Attendre l'ennemi, l' de pied ferme. Tel court au danger qui n'oserait l'attendre. Ce chien attend son maître."
Par extension, "Ma voiture m'attend à la porte. Deux chevaux devaient les à l'entrée du bois."
Fig. et ironiq., "Attendez-moi sous l'orme," se dit en parlant d'un Rendez-vous où l'on n'a pas dessein d'aller, d'une promesse sur laquelle il ne faut pas compter.
Fig., "C'est où je l'attends, c'est là que je l'attends," signifie que Celui dont on parle, après quelque succès, trouvera de plus grandes difficultés où on prévoit qu'il pourra échouer. En parlant d'un Rival, d'un adversaire, cette expression veut dire qu'on le laisse jouir de ses avantages présents, mais qu'un moment viendra où l'on aura raison de lui.
Fig., "Toute l'Europe attend la paix. Attendre la récompense de ses services. On m'a bien fait cette grâce. Vous z longtemps l'effet de ses promesses. Il n'attend que l'heure d'intervenir. J'attendais cette époque avec impatience. Attendre la mort avec courage."
Fig., "Le dîner, le souper, etc., nous attend," Le dîner, le souper, etc., est prêt.
Prov., "Tout vient à point à qui peut , à qui sait ," Avec le temps et la patience, on vient à bout de tout.
Fig., "Vous ne perdrez rien pour ," Votre paiement, pour être retardé, n'en est pas moins assuré. Cela se dit, par extension, pour exprimer que le retard apporté à quelque chose n'est pas un préjudice et peut même devenir un avantage. "On tarde à vous placer, mais vous ne perdrez rien pour ;" ou au contraire, ironiquement, que la peine en sera plus forte. "La punition est différée, mais il ne perdra rien pour ."
Il se dit figurément de Certaines choses qui menacent une personne ou qui lui sont destinées, réservées. "Voilà le sort qui vous attend. La misère attend les dissipateurs. Quelle gloire vous attend!"
Il signifie encore Différer ou cesser de faire une chose jusqu'à l'arrivée d'une personne, jusqu'à ce qu'une autre chose ait lieu, jusqu'à un certain temps. "Je n'attends que lui pour agir, mais je ne puis savoir quand il viendra. Il me sera impossible de vous rejoindre, si vous ne m'attendez. Vous allez trop vite, attendez donc. J'attendrai la belle saison avant de me mettre en voyage. Attendez, pour sortir, qu'il fasse beau. Il attend que son fils revienne. Qu'attendez-vous pour agir? J'attends sa décision. J'attends, pour cela, qu'on m'ait accordé une autorisation. Avant d'ajouter foi à cette nouvelle, il faut en la confirmation. Sa haine n'attend qu'un prétexte pour éclater. Il se targue beaucoup de ce premier avantage, mais attendons la fin. Attendez encore un peu et vous serez satisfait. Le moment n'est pas favorable pour l'exécution de notre dessein, attendons encore, attendons. Attendez, il me vient une idée." On le dit quelquefois dans un sens de menace. "Attendez, lâches!" ou seulement, "Attendez!"
Fig., "Un coup n'attendait pas l'autre," Les coups se succédaient rapidement, sans interruption. On dit également "Une question, une saillie, etc., n'attendait pas l'autre."
Fig., "En lui, chez lui, la raison, la valeur, etc., n'a pas attendu les années, le nombre des années," se dit d'une Personne en qui la raison, la valeur, etc., s'est montrée de bonne heure.
Dans le sens qui précède, il se joint quelquefois avec la préposition "À. Pour partir, attendez au jour, attendez à la belle saison. Attendez jusqu'à demain, jusqu'à la semaine prochaine. J'attends à partir qu'il fasse moins chaud." On dit plus ordinairement "J'attends pour partir, etc."
Il se joint aussi avec la préposition "Après;" et alors il marque le Besoin qu'on a de la personne ou de la chose qu'on attend, ou l'Impatience avec laquelle on attend. "Il y a longtemps qu'on attend après vous. On n'attend plus qu'après cela. C'est un argent après lequel il attend pour partir. Cette somme est une bagatelle, et je n'attends pas après."
ATTENDRE DE signifie Espérer, se promettre ou prévoir quelque chose. "Il ne faut sa récompense que de Dieu. Je n'attendais pas cela de vous. N'attendez d'un traître que des perfidies. On attend quelque chose de grand de cet homme d'État. Nous n'attendions pas moins de votre prudence. J'attends cela de votre complaisance. La piété n'attend rien du monde. C'est un homme dont il ne faut rien , dont je n'attends rien de bon. J'attends de vous ce service. N'attendez de moi qu'un profond mépris."
S'ATTENDRE À, S'ATTENDRE QUE signifient Se tenir comme assuré de quelque chose. "Je n'en fus pas surpris, je m'y attendais bien. Je m'attends qu'il me manquera de parole. Je m'attends que vous viendrez demain. Je ne m'attendais pas à vous voir sitôt. Elle ne s'était point attendue à vous voir. Je ne m'attendais pas à un pareil traitement de votre part. Je m'attends à rencontrer bien des difficultés. Vous auriez dû vous y . Je ne m'attendais pas que les choses dussent tourner si mal. Après cela on peut s' à tout." On disait autrefois "S' de. Mes transports aujourd'hui s'attendent d'éclater. On ne s'attendait guère de vous voir."
Prov., "Ne t'attends qu'à toi seul," Ne compte que sur toi.
Iron., "Attendez-vous-y," se dit pour exprimer qu'une chose sur laquelle une personne compte n'arrivera pas.
EN ATTENDANT, Jusqu'à tel moment, jusqu'à tel temps, déterminé par ce qui précède. "Il se mit à lire en attendant. Reposez-vous en attendant. En attendant, nous nous promènerons. Je vais, en attendant, copier cette lettre."
EN ATTENDANT QUE, Jusqu'à ce que. "En attendant que vous soyez mieux informé."
Le ATTENDU s'emploie comme nom masculin en termes de Palais. "Les attendus d'un jugement." Les motifs donnés par les juges de première instance.
ATTENDU s'emploie aussi comme une sorte de préposition : alors il est invariable et signifie Étant donné, eu égard à. "Il fut exempté de cette charge publique, attendu son âge, attendu son infirmité. Attendu les circonstances atténuantes, la Cour ne l'a condamné qu'à..."
ATTENDU QUE, Étant donné que. "Attendu qu'il s'agissait d'une affaire importante, on décida que... Attendu que l'acte ne renferme point cette clause, le tribunal déclare... Je ne saurais accorder cette permission, attendu que toutes sortes de motifs s'y opposent."



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Demeurer pour la venue de quelqu'un ou de quelque chose. Qu'attendez-vous pour vous sauver ? L'armée attend impatiemment son général. Le vaisseau attend un vent favorable. Attendre les bêtes à la chasse. Attendre l'arrivée d'une lettre. Il attendait le beau temps. J'attends votre commodité.
LA FONT.: « Mais attendons la fin »
RAC.: « Il n'attend qu'un prétexte à s'éloigner de lui »
RAC.: « L'ingrat qui ne m'attend que pour m'abandonner »
BOSSUET: « La bonté de Dieu nous attend à repentance »
MASS.: « Ne vous a-t-il pas attendu assez longtemps à pénitence ? »
SÉV.: « On attend tous les jours que M. de Luxembourg batte les ennemis »
CORN.: « [Elle] Attend l'ordre d'un père à choisir un époux »
BOSSUET: « Qu'attendez-vous à vous soumettre ? »
BOSSUET: « Qu'attendez-vous, chrétiens, à vous convertir, et pourquoi désespérez-vous de votre salut ? »
LAMART.: « Sur cette terre déserte Qu'attends-tu ? je n'y suis pas ! »
    Familièrement et par ironie. Attendez-moi sous l'orme, se dit d'un rendez-vous où l'on n'a pas dessein d'aller, d'une chose que l'on ne veut pas faire.
REGNARD: « Attendez-moi sous l'orme ; Vous m'attendrez longtemps »
    Faire une chose à quelqu'un, la lui retenir, différer de la lui donner.
LA BRUY.: « Une circonstance essentielle à la justice que l'on doit aux autres, c'est de la faire promptement et sans différer ; la faire , c'est injustice »
MOL.: « De ces Égyptiens qui la mirent ici, Trufaldin qui la garde est en quelque souci, Et trouvant son argent qu'ils lui font trop , Je sais bien qu'il serait très ravi de la vendre »

 2   Compter sur, espérer ; quelquefois, craindre. On ne pouvait aucun secours du sénat. N' son salut que de sa valeur. Je n'attends rien que de moi-même. On attend beaucoup de vous.
BOSSUET: « Ce service, monseigneur, n'est pas le seul qu'on attend de vous »
MASS.: « S'il nous ouvre aujourd'hui le sein de l'enfer, c'est pour nous y montrer un réprouvé que nous n'y attendions point »
VOLT.: « Concurrent malheureux à cette place insigne, Votre orgueil l'attendait ; mais en étiez-vous digne ? »
RAC.: « Quels honneurs dans sa cour, quel rang pourrais-je ? »
MASS.: « Les apôtres attendaient que leur maître délivrerait Israël du joug des nations, et qu'il les ferait asseoir eux-mêmes sur douze trônes terrestres »
FLÉCH.: « N'attendez-pas que je recueille ici toutes ses actions dont une partie est presque incroyable »
RAC.: « N'attendez pas ici que j'éclate en injures »
CORN.: « Attendez tout aussi de ma reconnaissance »
CORN.: « Elle qui de vous seul attend son diadème »
RAC.: « Les Juifs n'attendent rien d'un méchant tel que toi »
RAC.: « Dans un âge si tendre Quel éclaircissement en pouvez-vous ? »
MASS.: « Attendant tout de sa bonté pour les malheureux »
BOSSUET: « Il n'y a rien à de la tradition des saints »
    Attendre de, suivi d'un infinitif, espérer, se promettre.
FÉN.: « N'attendez pas de le trouver sans imperfection »
CORN.: « Cher amant, n'attends plus d'être un jour mon époux »

 3   Attendre quelqu'un à.... qu'il s'engage dans une difficulté dont on pense qu'il ne se tirera pas.
LA BRUY.: « Il est vrai, cette somme lui est due ; mais je l'attends à cette petite formalité ; s'il l'oublie, il n'y revient plus et il perd sa somme »
RAC.: « Il ne faut plus qu'un pas, mais c'est où je l'attends »
MOL.: « Ne vous mettez pas en peine, j'ai des remèdes qui se moquent de tout, et je l'attends à l'agonie »
MOL.: « Les comédiens m'ont dit qu'ils l'attendaient sur la réponse »

 4   Attendre de, différer.
MASS.: « Si vous attendez de vous convertir à la mort, vous mourrez dans votre péché »
MASS.: « Ils attendent de n'être plus propres au monde pour être propres au royaume de Dieu »
J. J. ROUSS.: « Pour juger de ce qu'il est, attendez de savoir ce qu'il a fait »

 5   Être réservé à, menacer. Les indignes traitements qui attendent les vaincus.
MASS.: « Est-ce donc là ce qui vous attend ? De nouveaux outrages vous attendaient dans votre gloire »

 6   Fig. Un coup n'attendait pas l'autre, les coups se succédaient sans interruption.
CORN.: « La valeur n'attend pas le nombre des années »

 7   Attendre un cheval, en retarder l'éducation jusqu'à ce qu'il ait acquis de la force.
    Attendre du vin, qu'il soit à point. Attendre des fruits, qu'ils soient mûrs.

 8   V. n. Attendez ici un moment. J'attendis longtemps sans rien voir venir.
VOIT.: « Pour ne pas et pour arriver justement en ce temps-là »
LAMART.: « Espérer, , c'est vivre ? Que sert de compter et de suivre Des jours qui n'apportent plus rien ? »
    Faire quelqu'un, le retarder, lui faire perdre son temps. Il fait ses créanciers. Préparez tout, je ne ferai pas .
    Se faire , tarder à venir, au propre et au figuré. Il ne se fit pas . Ses bienfaits ne se feront pas .

 9   Attendre à, différer jusqu'à. Il attend à la belle saison, au printemps.
BOILEAU: « Faudra-t-il sur sa gloire à m'exercer Que ma tremblante voix commence à se glacer ? »
LA BRUY.: « Il y a des hommes qui attendent à être dévots que tout le monde se déclare impie ou libertin »
VERTOT: « César résolut d' à se déterminer, qu'il fût sûr du parti qu'embrasseraient Lépidus et Plancus »
FLÉCH.: « On attend à se convertir à l'heure de la mort »
FÉN.: « Gardez-les pour son père [les cendres de Pisistrate], mais attendez à les lui donner quand il aura assez de force pour les demander »
RAC.: « À me chercher lui-même attendrait-il si tard ? »
FÉN.: « Le feu demeure caché dans les veines des cailloux, et il y attend à éclater jusqu'à ce que le choc d'un autre corps l'excite »
FLÉCH.: « Il n'attendit pas à la mort à consacrer à Jésus-Christ une partie de ses richesses »

 10   Attendre après, avoir besoin d'une personne, d'une chose. Apporte-lui ce livre ; il attend après.
BOSSUET: « Ce n'est pas avoir du respect pour le ministre que de le faire après vous »

 11   En attendant, loc. adv. Jusqu'à tel moment. En attendant il s'est reposé.
    En attendant que, loc. conjonct. Jusqu'à ce que. En attendant qu'il vienne. Les poëtes disent quelquefois attendant que.
CORN.: « Il satisfera, sire, et vienne qui voudra, Attendant qu'il l'ait su, voici qui répondra »
CORN.: « Le sort de nos guerriers réglera notre sort ; Cependant tout est libre attendant qu'on le nomme »
    S'ATTENDRE, v. réfl.

 12   Différer jusqu'à ce qu'on soit réuni. Nous nous sommes attendus, et nous sommes partis ensemble.

 13   Compter sur, espérer ou craindre. Tous s'attendent à retourner dans leur patrie. Attends-toi à essuyer des contrariétés sans nombre. Il s'attend bien à ce qui doit arriver. Plutôt qu'on ne s'y attendait. Au moment qu'ils s'y attendaient le moins.
BOURD.: « L'erreur la plus pernicieuse est de nous que Dieu nous attendra »
STAËL: « Je sais ce qu'il faut croire de ce pays-là ; je ne m'attends pas du tout à m'y amuser »
RAC.: « Ils ne s'attendaient pas, lorsqu'ils me virent naître, Qu'un jour Domitius dût me parler en maître »
    S' à quelqu'un, compter sur quelqu'un.
LA FONT.: « Ne t'attends qu'à toi seul : c'est un commun proverbe »
LA FONT.: « Toi donc, qui que tu sois, ô père de famille, T' aux yeux d'autrui, quand tu dors, c'est erreur »
RAC.: « Après ce coup, Narcisse, à qui dois-je m' ? »
    Avec la préposition de et un infinitif.
VERTOT: « Cassius s'était bien attendu de trouver une opposition générale à sa proposition, de la part des grands de Rome »
FLÉCH.: « On lui donne une pompe funèbre où l'on s'attendait de lui dresser un triomphe »
LA FONT.: « Ulysse en fit autant : On ne s'attendait guère De voir Ulysse en cette affaire »
RAC.: « Mes transports aujourd'hui s'attendaient d'éclater »
    Des grammairiens ont prétendu que ce vers de Racine était fautif et que la faute avait été commandée par la nécessité d'éviter l'hiatus ; mais on voit par les exemples que la préposition de était alors aussi usitée dans ce sens que à, et que, aujourd'hui, parler ainsi, ce serait non pas pécher contre la grammaire, mais user d'une tournure dont on peut dire seulement qu'elle est présentement moins usitée.

PROVERBES
    On l'attend comme les moines font l'abbé ; c'est-à-dire en se mettant à table et commençant toujours à dîner.
    Il ennuie à qui attend.
    Tout vient à point à qui sait , c'est-à-dire avec de la patience on finit par trouver une occasion favorable.
    Vous ne perdrez rien pour ; le retard sera un avantage, ou, dans un sens contraire, vous recevrez le châtiment qui vous est dû.
    Il faut le boiteux [le messager] ; c'est-à-dire, pour être sûr d'une nouvelle, il faut en avoir la confirmation.
    Qui s'attend à l'écuelle d'autrui a souvent mal dîné, c'est-à-dire il ne faut pas compter sur autrui.

REMARQUE
    1. S' que régit l'indicatif quand le sens est affirmatif : Je m'attends qu'il viendra. Il régit le subjonctif quand le sens est négatif : Ne vous attendez pas que je le fasse.
    2. S'attendre, avec le sens d'espérer, compter, serait inintelligible si on ne connaissait pas à un autre sens que celui qu'il a aujourd'hui. Ce verbe signifiait aussi faire attention, ce qui en est le sens propre. S'attendre, c'est donc s'appliquer à, tendre son esprit à, et de là la signification dérivée dont il s'agit.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. LII: De Guenelon atent li reis noveles
     ib. CCLXXII: À grant dolur illec [il] atent son plait
    XIIème siècle
     Ronc. p. 4: Baron, or atendez [faites attention]
     ib. p. 33: Où Sarazin atendent l'ajournée
     ib. p. 64: Qui l'atendist ne fit mie que sage
     ib. p. 123: Puis sont monté, n'i ont plus atendu
     ib. p. 135: Dist l'uns à l'autre : grant joie nous atend
     Couci, V: S'onques granz biens dut estre desserviz Pour mal avoir, bien [je] doi merci atendre
     ib. VII: De vous [j'] aten guerredon et merci
     ib. XIII: Et tous les biens qu'on puet avoir d'aimer, Aura mes cuers qui adès s'i atent
     ib.: Les biens d'amour que j'ai atendus tant
    XIIIème siècle
LE COMTE D'ANJOU: « Si me convient atendre son vouloir [de ma dame], Et j'atendrai come loial ami »
     Berte, IX: En Hongrie [elle] revient, là où li rois l'atent
     Ren. 771: Lors s'est couchiez lez une haie, Ilec atendra aventure
JOINV.: « Monseigneur Baudoin de Reins, un preudomme qui estoit descendu à terre, me manda par son escuier que je l'atendisse »
ID.: « Ci après orrez de pluseurs persecucions et tribulacions que j'oy en Acre, desquiex Dieu, à qui je m'atendoie et à qui je m'atten, me delivra »
    XIVème siècle
ORESME: « Liberalité doit estre attendue et jugiée selon la substance et la faculté »
     Guesclin. 19691: On dit que bien attent, qui point ne seuratent [n'attend trop]
     Liv. du bon Jeh. 455: Aussi dit-on communement Que trop ennuye à qui atant
DU CANGE: « Considerans et attendans diligemment les bons et agreables services »
    XVème siècle
FROISS.: « Les aucuns disoient en chevauchant et conseilloient que on attendesist le matin et qu'il seroit tantost nuit »
FROISS.: « Le roi attendit un petit à parler »
LOUIS XI: « Cela fait, elle revint à sa maistresse, et lui dit que son ami n'attend qu'elle [ne pense qu'à elle, l'attend impatiemment] »
    XVIème siècle
MARG.: « Je m'attends bien qu'il y fera son devoir, et qu'il n'y obmettra rien »
MARG.: « J'estois bien fort mal, de mal de cueur et desvoyement d'estoumac, que j'attendois durer jusques à mercredi, qui est le bout de mon troisiesme mois »
MONT.: « Ne vous attendez pas qu'ils y mettent la main »
MONT.: « Attendez vous y [faites-y attention] pendant que vous y estes »
MONT.: « Un malade auquel je m'attends [je m'intéresse] et que je considere »
MONT.: « Je m'attends à ce qu'elle [la science] serve d'ornement, non de fondement »
MONT.: « Quelle resverie est-ce de s' de mourir de vieillesse ? »
MONT.: « Il permet au sage d'agir à sa mode, sans s' aux lois »
LANOUE: « Plus on attend, plus s'enracine le mal »
AMYOT: « Chascun commencea à luy porter envie, pource que l'on s'attendoit bien qu'il emporteroit encore le prix »
AMYOT: « Va t'en demain les avertir qu'ilz s'attendent d'avoir bientost icy les Gaulois »
AMYOT: « Plusieurs en conceurent bonne esperance, s'attendans que, quand et la charté des vivres, deust aussi cesser la sedition civile »
AMYOT: « Pensans tousjours à l'advenir, et attendans à quelle fin et à quelle issue la fortune conduira l'envie de prosperité presente »
AMYOT: « Des esclairs si souvent recouppez, que l'un n'attendoit pas l'autre »
D'AUB.: « Ils n'avoient qu'un corps de logis, qui ne pouvoit un canon »
D'AUB.: « Puis la cavalerie commença à passer, à s'atendre et à reprendre quelque forme »
M. DU BELL.: « Attenduës les nouvelles qu'il avoit dudit ennemy, l'intention du maistre, et l'estat et consequence de ses affaires, il persistoit en cet advis »
RONS.: « Et retirant ses brebis de l'herbage, Sous un rocher attend venir l'orage »
GÉNIN: « À celui qui peult, tout vient à temps et à son voeu »

ÉTYMOLOGIE
    Bourguig. étandre ; provenç. atendre ; espagn. atender ; ital. attendere ; du latin , de ad, à, et tendere, tendre (voy. TENDRE) : mot à mot, tendre vers ; de là on arrive au sens actuel. D'après Palsgrave, p. 23, on prononçait les deux t au XVIe siècle.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE ATTENDRE. - REM. Ajoutez :
    3. Dans s'attendre, au sens d'espérer, de compter, le participe passé aux temps composés s'accorde : elle s'est attendue, ils se sont attendus, elles se sont attendues à ce qui devait arriver. S' est tendre soi à, d'où espérer, compter. Cette analyse montre que le participe doit s'accorder.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Rester en un lieu où l'on compte qu'une personne viendra, qu'une chose sera apportée, amenée. "Je vous attends ici. Je vous attendrai demain chez moi. Je vous attendrai jusqu'à telle heure. Il l'attendait au passage. Des brigands l'ont attendu au coin d'un bois. J'irai le bateau à tel endroit. Ils attendirent la diligence sur la route. Je suis resté longtemps à . Vous m'avez bien fait . Attendre avec impatience. Attendre tranquillement. Il va peut-être arriver, attendons. Attendre l'ennemi, l' de pied ferme." Un nom d'animal ou de chose peut également être le sujet de la phrase. "Ce chien attend son maître. Ma voiture m'attend à la porte. Deux chevaux devaient les à l'entrée du bois."
Prov., fig. et ironiq., "Attendez-moi sous l'orme," se dit en parlant D'un rendez-vous où l'on n'a pas dessein d'aller, d'une promesse sur laquelle il ne faut pas compter.
Prov. et fig., "C'est où je l'attends, c'est là que je l'attends," signifie tantôt qu'On ne craint point celui dont on parle, et qu'on est en état de lui faire plus de mal qu'il n'en peut faire lui-même; tantôt qu'On saura tirer avantage contre lui des choses qui lui inspirent le plus de confiance.
Prov., "Il ennuie à qui attend," C'est presque toujours avec impatience et ennui que l'on attend.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie, dans une acception plus étendue, Compter sur l'arrivée, sur la venue d'une personne ou d'une chose. "Le roi doit passer par notre ville, il y est attendu depuis trois jours. Nous l'attendons de jour en jour. Attendre le retour de quelqu'un. Attendre une personne à dîner. Vous vous êtes bien fait . Attendre une lettre. Nous attendons de ses nouvelles. Sa réponse ne se fit point . Une place qui attend des secours."
Il s'emploie figurément, dans un sens analogue. "Toute l'Europe attend la paix. Attendre la récompense de ses services. On m'a bien fait cette grâce. Vous z longtemps l'effet de ses promesses. Il attend la fièvre. Elle n'attend que l'heure d'accoucher. J'attendais cette époque avec impatience. Attendre la mort avec courage."
Fig., "Le dîner, le souper, etc., nous attend," Le dîner, le souper, etc., est prêt.
Prov. et fig., "Il faut le boiteux," Pour être bien assuré de la vérité d'une nouvelle, il en faut la confirmation.
Prov., "Attendre quelqu'un comme les moines font l'abbé," Ne point l' pour dîner, quoiqu'il doive venir, se mettre à table sans lui.
Prov., "Tout vient à point à qui peut ," Avec le temps et la patience, on vient à bout de tout.
Prov., "Vous ne perdrez rien pour ," Votre payement, pour être retardé, n'en est pas moins assuré. Cela se dit, par extension, Pour exprimer que le retard apporté à quelque chose n'est pas un préjudice, et peut même devenir un avantage. "On tarde à vous placer, mais vous ne perdrez rien pour ."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit figurément De certaines choses qui menacent une personne, ou qui lui sont destinées, réservées. "Voilà le sort qui vous attend. La misère attend les dissipateurs. Quelle gloire vous attend!"



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie également, Différer ou cesser de faire une chose jusqu'à l'arrivée d'une personne, jusqu'à ce qu'une autre chose ait lieu, jusqu'à un certain temps. "Je n'attends que lui pour agir, mais je ne puis savoir quand il viendra. Il me sera impossible de vous rejoindre, si vous ne m'attendez. Vous allez trop vite, attendez donc. J'attendrai la belle saison, avant de me mettre en voyage. Attendez, pour sortir, qu'il fasse beau. Il attend que son fils revienne. Qu'attendez-vous pour agir? J'attends sa décision. J'attends, pour cela, qu'on m'ait accordé une autorisation. Avant d'ajouter foi à cette nouvelle, il faut en la confirmation. Le vaisseau n'attend plus qu'un vent propice. Sa haine n'attend qu'un prétexte pour éclater. Il se targue beaucoup de ce premier avantage, mais attendons la fin. Attendez encore un peu, et vous serez satisfait. Le moment n'est pas favorable pour l'exécution de notre dessein, attendons encore, attendons. Attendez, il me vient une idée." On le dit quelquefois dans un sens de menace. "Attendez, lâches," ou seulement, "Attendez."
Fig., "Un coup n'attendait pas l'autre" Les coups se succédaient rapidement, sans interruption. On dit également, "Une question, une saillie, etc., n'attendait pas l'autre."
Fig., "En lui, chez lui, la raison, la valeur, etc., n'a pas attendu les années," se dit D'une personne en qui la raison, la valeur, etc., s'est montrée de bonne heure.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



dans le sens qui précède, se joint quelquefois avec la préposition "À. Pour partir, attendez au jour, attendez à la belle saison. Attendez jusqu'à demain, jusqu'à la semaine prochaine. J'attends à partir qu'il fasse moins chaud." On dit plus ordinairement, "J'attends pour partir, etc."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se joint quelquefois avec la préposition "Après;" et alors il marque Le besoin qu'on a de la personne ou de la chose qu'on attend, ou l'impatience avec laquelle on attend. "Il y a longtemps qu'on attend après vous. On n'attend plus qu'après cela. C'est un argent après lequel il attend pour partir. Cette somme est une bagatelle, et je n'attends pas après."



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



avec la préposition "De," signifie, Espérer, se promettre quelque chose. "Il ne faut sa récompense que de Dieu. Je n'attendais pas cela de vous. N'attendez d'un traître que des perfidies. On attend quelque chose de grand de ce prince. Nous n'attendions pas moins de votre prudence. J'attends cela de votre complaisance. La piété n'attend rien du monde. C'est un homme dont il ne faut rien , dont je n'attends rien de bon. J'attends de vous ce service. N'attendez pas que je vous réponde là-dessus. N'attendez de moi qu'un profond mépris. Il est à l'agonie, on n'en attend plus rien."



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie souvent avec le pronom personnel, et signifie, Se tenir comme assuré de quelque chose, compter sur quelqu'un, sur quelque chose. "Je n'en fus pas surpris, je m'y attendais bien. Je m'attends qu'il me manquera de parole. Je m'attends que vous viendrez demain. Je m'attends à vous. Il ne faut pas s' à lui. Je ne m'attendais pas à vous voir sitôt. Elle ne s'était point attendue à vous voir. Je ne m'attendais pas à un pareil traitement de votre part. Je m'attends à rencontrer bien des difficultés. Vous auriez dû vous y . Je ne m'attendais pas que les choses dussent tourner si mal. Après cela, on peut s' à tout." Prov., "Ne t'attends qu'à toi seul."
Prov. et fig., "Qui s'attend à l'écuelle d'autrui, a souvent mal dîné," Quand on compte sur autrui, on est souvent trompé dans ses espérances.
Iron., "Attendez-vous-y," se dit Pour exprimer qu'on est loin de vouloir faire ce qu'une personne désire, ou bien de croire qu'elle obtiendra d'une autre ce qu'elle en attend.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


ou ATENDRE, v. a. et n. ["Atandre", 2e lon. 3e "e" muet.] 1° Être dans l'atente, l'espérance ou la crainte de quelque chôse qu'on croit devoir arriver. "Acad." Demeurer dans un lieu ou dans une situation jusqu'à ce que quelque chôse ou quelqu'un arrive. "Trév." Cette dernière définition n'est pas juste; car on attend, et souvent long-temps, en changeant de lieu et de situation. "Atendre la" paix, "la" fièvre, "l'heure" de faire telle chôse. "Atendre l'"ocasion, "atendre l'"énemi, "atendre la" mort sans la craindre.
   ATENDRE, "espérer". Le 1er dit plus que le 2d: on "atend" avec assurance, on "espère" avec incertitude. "Atendre" se dit du bien et du mal; "espérer" ne se dit que du bien: il "espère" sa grâce; il "atend" tous les jours le moment de son suplice ou de sa délivrance.
- Enfin "atendre" régit et les chôses et les persones; "espérer" ne régit que les chôses. Voy. ESPÉRER.
   2° ATENDRE, se promettre, a pour 2d régime la prép. "de": 'Il ne faut " sa" récompense que "de" Dieu. 'Chacun n'"attend" son salut que "de" sa légéreté et "de" sa vitesse. M. le "Dacier", Iliade. J'"attendois de" vous "plus" d' empressement.
   3° ATENDRE, neutre, régit "après" devant les persones et les chôses, dans le sens de "désirer": on "atend après" vous, on n'"atend" plus qu'"après" cela. Cette expression n'est bone que pour le discours familier: L'"Acad." n'en distingue point l'usage. "Racine" dit:
   "Attendez-"vous encôre "après" l'aveu d'un frère"?"
       Berénice.
L'expression n'est pas fort noble.
- Il régit "que" et le subjonctif, et non pas l'infinitif sans prép. 'J'"atens qu' "il viène, et non pas je "l'atens venir". L'Auteur de la Cantate des Femmes a fait cette faute. 'J'"attendrois" sans impatience "renaître" l'astre du matin.
- Plusieurs Écrivains ont employé la prép. "à" devant l'infinitif. 'Qu' "attendons-"nous donc "à" nous "soumettre"? Boss. 'Dieu "attendoit" seulement "à perdre" Juda, "qu' "il "eût rétiré" du monde le pieux Josïas. "Id." 'Quelle obligation vous aura-t-on, si vous "attendez à" nous "defendre" que le feu, qui aura consumé notre flotte, menace vos vaisseaux. Mde. Dacier, "Iliade". 'Il "attendoit" toujours "du" succès des affaires "à se déclarer". "Vertot".
- Dans cette dernière phrâse les deux régimes, et du nom et du verbe, me paraissent mauvais; et il me semble qu'il falait dire: 'Il "atendait le" succès, etc. "pour se déclarer"
- Dans les autres exemples, "pour" me paraît aussi meilleur que "à", excepté le premier où je préférerais "de": Qu'"atendez-"vous "de" vous "soumettre?"
- P. "Corneille" emploie "atendre" actif, avec ce même régime de la prép. "à".
   "Attend" l'ordre d'un Père "à choisir un" époux.
Il faut "pour choisir"
- "Racine" dit "que" pour "ce que":
   "Attend que deviendra" le destin de la Reine.?

- Avec "tard", la prép. "à" fait fort bien.
   "À~ me chercher" lui-même "attendroit-"il si "tard".
       Racine.
'Il me semble qu'on n'auroit pas dû " si tard à rire". Fonten.
   4° Il est un autre régime assez particulier doné à ce verbe; c'est la conjonction "que" avec "ne" et le subjonctif. 'Toi, dont l'office est d'avoir soin du peuple et qui es payé pour cela, "qu'attends-tu que" tu "ne te hâtes" de le secourir? "Anon." Ce régime est peu usité, et il n'est employé que dans les phrâses interrogatives.
   5° ATENDRE, actif, ne se dit pas d'ordinaire des chôses comme sujet de la phrâse (nominatif.) Il fait pourtant fort bien dans la phrâse suivante: '"Une" demande "n'attendoit pas l'autre", et le Chevalier ne trouvoit point assez de mots pour répondre à cette foule de questions. "Fielding".
   6° S'ATENDRE ne régit point les persones. 'Je "ne m'attends qu'à vous", dit "Vaugelas", (Quinte curce) pour, je "ne me fie qu'à vous". On ne le dit point aujourd'hui. L'"Acad." met pourtant, je "m'~ attends à" vous; il ne faut pas s'" à" lui, compter sur vous, sur lui.
- Cela est tout au plus bon pour la conversation, et n'est pas digne du ton de l'Histoire.
- Il régit "à" devant les noms et les verbes: 'On doit s'" à" tout; je m'"attends à" beaucoup "souffrir". 'On doit s'" à exciter" l'envie, quand on a du succès.
   '"À~" les "voir" obéir ne "vous attendez" plus.
       P. "Marion" Cromwel.
"Racine" met "de" au lieu d'"à".
- Ses transports aujourd'hui s'"attendoient d'éclater". Il falait, "s' atendaient à éclater". Le Poète a préféré l'autre manière: on voit bien pourquoi. Un Prosateur, qui n'avait pas les mêmes gênes de mesûre, a dit aussi: "dont" nous "nous attendons" bien "de profiter". "Neufville", Vie de "Leibnitz".
- "À~ profiter" ne vaudrait rien non plus. Il falait: dont "nous espérons" bien "de profiter"; car s'"atendre" n'était pas là le mot propre.
- S'"atendre" régit aussi la conjonct. "que", quand le sens est afirmatif avec l'indicatif, et quand il est négatif, avec le subjonctif: 'Je "m'attends qu'"il "viendra", je "ne m'attends pas qu' "il "viène". '"Ne vous attendez pas que" je le "fasse", et non pas, "que" je le "ferai".
- 'Qu'on "ne s'attende pas que" nous "donerons" la liste des Despotes Russes. "Ann. Litt." Je crois qu'il falait dire, "que nous donions", comme on le dirait avec le v. "espérer": "n'espérez pas que nous donions", et non pas, "que nous donerons", etc.
- * "S'atendre" pour "être atendu", est un vrai gasconisme. 'Mon frère "s'attend" tous les jours. Dites: "on atend tous les jours" son arivée, il "est atendu" incessamment.
   7° "Être atendu" a deux régimes, "de" et "à"; le 1er pour le lieu d'où vient celui qu'on atend.
   Plistène "est d'"Épidaure "attendu" chaque jour.
       Oreste.
Le 2d pour le lieu où il doit venir. 'Il "est atendu à" Paris dans le cours de la semaine.
- Racine a employé ce dernier régime au figuré.
   Quoiqu'"attendu", Madame, "à" l'empire du monde,
   Il sembloit à lui seul appeler tous les coups.
       "Bérénice".
Cette expression figurée ne serait pas bone en toute ocasion. On dit ordinairement, dans le même sens, d'un héritier présomptif, qu'il "est~ apelé au" trône, "à la" royauté, "à la" succession, etc.
   8° "Atendez-moi sous l'orme", se dit en style "proverbial" et ironiquement, pour signifier qu'on n'ira pas et qu'on nous atendra vainement.
- Voy. BOITEUX.
- "Atendre" quelqu'un "au passage", le saisir dans une ocasion où il ne peut se défendre d'acorder une grâce.
- "C'est où je l'atends", c'est-là que "je l'atends"; je ne le crains pas, "ou" je puis lui faire plus de mal qu'il ne peut m'en faire; "ou", je ne demande pas mieux, et je saurai tirer parti de ce sur quoi il compte le plus. Voy. ABBÉ.
- "Il ennuie à qui atend".
- "Tout vient à point à qui peut atendre"; avec le temps et la patience on vient à bout de tout.




Emplacement dans le dictionnaire :

attelé
attelée
atteler
attelet
attelier
attelle
attellement
attenant
attendant

attendri
attendrir
attendrissant
attendrissement
attendu
attendu que
attentat
attentatoire
attente
attenté
attenter




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...dans les nuages ses cornes et ses dents ; ces montagnes de basalte semblaient peser lourdes et chaudes sur nos têtes, et oppresser nos pensées comme nos sens. Deux femmes, qui paraissaient nous attendre au bord du chemin, se levèrent à notre approche et s'avancèrent vers nous. L'une qui était vieille, cassée, tatouée, entraînait par la main l'autre, qui était encore belle et jeune ; -c'était...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...tous descendre, ayant serré leur voile, achevé leur ouvrage. ... après, quand ils furent tous en bas et au complet, je respirai mieux. Plus d'hommes en l'air, plus rien à faire là-haut, plus qu'à attendre. Oh ! Alors, je trouvai qu'il faisait presque beau, qu'on était presque bien sur cette passerelle, à présent qu'on m'avait enlevé le poids si lourd de cette inquiétude. CHAPITRE XXVIII ... minuit ,...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...Travaillerait-elle aujourd'hui ? Non, elle n'en avait pas le courage, et puis à quoi bon ? Encore un jour qu'il faudrait passer sans feu, avec la mort dans le coeur, à regarder tomber la pluie et à attendre ! ... attendre, attendre avec une anxiété qui croîtrait d'heure en heure, attendre la tombée de la nuit, le moment où le martellement des sabots recommencerait en bas dans la rue grise, la débauchée...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...au-dessus de ces lignes déjà si planes, une autre petite raie bleuâtre plus complètement droite, -et attirante, attirante à la longue comme un grand aimant patient, sûr de sa puissance et pouvant attendre. Ma soeur, et mon frère dont je n'ai pas parlé encore, étaient de bien des années mes aînés, de sorte qu'il semblait, alors surtout, que je fusse d'une génération suivante. Donc, ils étaient pour me...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...les fauchages de juin ! Dans quelle lumière d'or je revois tout cela ! Les promenades du soir, avec mon père et ma soeur, se continuaient comme dans mes premières années ; ils venaient maintenant m'attendre à la sortie du collège, à quatre heures et demie et nous partions directement pour les champs. Notre prédilection, ce printemps-là, se maintint pour certaines prairies pleines d'amourettes roses ;...


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